Le burn-out doit-il être reconnu comme maladie professionnelle ou accident du travail ?

Un burn-out est la conséquence d’un déséquilibre durable entre ce que demande le travail et ce que peut fournir le travailleur. Il ne peut donc être question d’un événement soudain et le travail ne peut en être la seule cause. 

L’activité professionnelle est une cause importante du bun-out, mais ce n’est pas la cause principale. La reconnaissance du burn-out comme maladie liée au travail, depuis le 1er janvier 2016, est donc une bonne chose.

Cette semaine, le PS avait préparé une question parlementaire quant à la reconnaissance du burn-out comme maladie professionnelle. La FGTB, syndicat socialiste, avait déjà plaidé en faveur de la reconnaissance de toutes les maladies liées au stress comme maladies professionnelles. En 2014, le parti Groen avait été jusqu’à proposer de considérer le burn-out comme accident du travail.

La préoccupation qui sous-tend ces propositions est parfaitement justifiée. Le cas de burn-out est trop élevé (Stichting Innovatie & Arbeid, Securex), voire peut-être même en hausse ( INAMI, Securex), et les employeurs ne font toujours pas suffisamment pour s’attaquer à cette problématique. C’est en tous cas ce qu’il ressort d’une récente enquête à grande échelle, menée fin 2014 par Securex, auprès de 600 employeurs. Moins de la moitié (47%) des grandes organisations et à peine 23% des petites organisations détenaient une politique ciblée sur le burn-out. À peine une minorité des entreprises ayant une telle politique disposaient alors d’un plan d’action pour s’attaquer aux causes du burn-out. Leur politique se limitait principalement à l’analyse psychosociale obligatoire, à la réintégration des personnes longuement absentes, à la sensibilisation des travailleurs et à l’encadrement en cas de problématique individuelle. La prévention ne bénéficiait (et ne bénéficie) pas d’une attention suffisante.

La reconnaissance comme maladie professionnelle ou accident du travail serait-elle toutefois une bonne chose ? Pour répondre à cette question, comparons les définitions de burn-out, maladie professionnelle et accident du travail.

Qu’est-ce qu’un burn-out ?

La littérature scientifique décrit le burn-out comme étant un épuisement psychique de longue durée causé par le travail réalisé[1]. Il s’agit d’un syndrome lié au travail, avec trois dimensions symptomatiques[2] : épuisement mental, cynisme envers les clients, les patients, les collègues et/ou le travail ainsi qu’un sentiment de baisse des performances.

Securex définit également le burn-out comme une conséquence d’un stress professionnel structurel. Cela ne signifie toutefois pas que le stress professionnel soit la seule cause. La définition exacte de Securex est la suivante : « Le burn-out est un état d’épuisement mental qui résulte d’un déséquilibre structurel entre la charge imposée par la situation / le contexte de travail et la capacité d’absorption de l’individu ».

Le burn-out n’est pas une maladie professionnelle, et encore moins un accident du travail…

Le Fonds des maladies professionnelles est clair : « Les maladies professionnelles sont des maladies causées par l’exercice d’une profession. Toutes les maladies que l’on encourt sur le lieu de travail ne sont toutefois pas des maladies professionnelles. Pour qu’une maladie soit reconnue comme maladie professionnelle, elle doit avoir comme cause directe et déterminante la profession. S’il peut y avoir plusieurs raisons pour lesquelles la victime a contracté une maladie (circonstances privées, par exemple), la victime ne sera pas indemnisée. » Le travail doit donc être la seule cause pour qu’une maladie soit reconnue comme maladie professionnelle.

Le Fonds des accidents du travail est tout aussi limpide : « Un accident du travail est un accident survenu en raison d’un événement soudain durant et par l’exercice du contrat de travail et ayant causé une blessure. » Le fait d’être consumé psychiquement pourrait être considéré comme une blessure, mais est-elle dans ce cas la conséquence d’un événement soudain ?

… mais bien une maladie liée au travail

Le Fonds des maladies professionnelles reconnaît également les maladies liées au travail : « Les maladies liées au travail ne sont pas des maladies professionnelles. Il s’agit de maladies pour lesquelles l’exposition à un certain risque est plus grande que pour la population en général. Il n’est pas nécessaire que l’influence du travail soit la cause principale de la maladie. » Le travail est donc une cause importante, mais ce n’est pas la seule.

Lorsqu’un burn-out découle d’un long déséquilibre entre ce que demande le travail et ce que peut réaliser le travailleur, il ne peut être question d’un événement soudain (accident du travail) et le travail ne peut pas être la seule cause (maladie professionnelle). Le travail est certes une cause importante, mais il n’est pas la cause principale (maladie liée au travail).

Les capacités d’absorption de l’individu jouent un rôle tout aussi important que la situation professionnelle. Les employeurs sont également d’avis qu’une responsabilité partagée entre l’employeur et le travailleur est à l’origine du burn-out. L’employeur ne maîtrise pas l’ensemble de la situation professionnelle, en raison de facteurs externes sur lesquels l’entreprise n’a pas toujours prise. La reconnaissance du burn-out comme maladie liée au travail depuis le 1e janvier 2016 est donc correcte.

Et maintenant ?

Trois parties devraient donc agir proactivement, chacune sur leur terrain, pour aboutir à des solutions afin d’éviter le burn-out : l’employeur, le travailleur/patient et les autorités. Idéalement, l’employeur assure des interventions structurelles grâce à une approche ciblée des risques éventuels de burn-out dans son organisation. Le travailleur veille à travailler dans le cadre d’un emploi à sa mesure tout en renforçant son élasticité mentale. Les autorités, enfin, travaillent sur des facteurs externes tels que la sécurité de carrière (avec, par exemple, des régimes sociaux qui encouragent à changer de travail et non l’inverse), la mobilité (des alternatives fiables à la voiture, lier les centres de résidence, de travail et commerciaux aux transports en commun) et l’enseignement (intégrer l’élasticité mentale dans le programme).

La reconnaissance du burn-out comme maladie liée au travail permet aux autorités de développer, avec le Fonds des maladies professionnelles, des programmes de prévention. Je suis impatiente de découvrir un programme qui va plus loin que celui dédié aux autres maladies liées au travail, comme les maux de dos. Car ce programme-là n’est pas un programme de prévention, mais bien un programme de revalidation. La mission de la « Commission pour la reconnaissance d’une maladie de travail du 21ème Siècle », qui s’est déroulée fin avril, me donne de l’espoir. Parce qu’elle est essentiellement axée sur la recherche d’une possible prévention aux risques du travail.

Cet article a été précédemment publié par De Morgen.

[1]     Schaufeli, W.B., Taris, T., & Houtman, I. (2000). Algemene samenvatting en conclusies. In: I.L.D. Houtman, W.B. Schaufeli, & T. Taris (Red.). Psychische vermoeidheid en werk. (p.9-17). Alphen aan den Rijn: NWO/Samsom.
[2]     Schaufeli, W., & van Dierendonck, D. (2000). Utrechtse Burn-out Schaal: Handleiding, Lisse: Swets en Zeitlinger, 2000.
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