Les trajets domicile-travail ont-ils un impact négatif sur le bien-être ?

Le travailleur belge est confronté aux embouteillages au quotidien ou subit les retards frustrants des transports en commun. Les trajets domicile-travail ont-ils un impact négatif sur le bien-être ? 

L’étude belge est en parfaite adéquation avec d’autres recherches internationales. En 2008, des scientifiques allemands concluaient que de longs trajets et un sentiment de bien-être n’étaient pas compatibles. Les gens effectuant de courts trajets donnaient un 7,3 sur 10 à leur sentiment de bien-être alors que ceux ayant un trajet plus long ne donnaient que 6,9. Ces conclusions émanent d’une recherche menée l’année dernière par le gouvernement britannique auprès de 60.000 navetteurs. Chaque minute supplémentaire passée sur le trajet diminue significativement le bien-être personnel ressenti.

Outre-Atlantique, même son de cloche. L’Université de Waterloo, au Canada, a travaillé sur les données de l’indice bien-être canadien. « Plus long est le trajet vers le travail, moins vous êtes satisfait de votre vie en général » conclut le chercheur Margo Hilbrecht. « Cela concerne non seulement le stress du trajet, mais aussi le fait que vous avez moins de temps pour faire d’autres choses. »

Une étude américaine suggère ainsi que les navetteurs de longue distance ont moins de temps pour cuisiner sain, faire de l’exercice ou dormir suffisamment. Les chercheurs américains lient même leurs conclusions à l’épidémie croissante de l’obésité aux États-Unis. « Les longs trajets sont nocifs pour la santé » martèle Mrgo Hilbrecht.

Quel type de navetteur ?

Il y a navetteur et navetteur. Le pire serait de prendre le bus pour aller travailler. Etre plus d’une demi-heure dans un bus aurait les pires effets sur le bien-être. C’est ce que souligne l’enquête britannique susmentionnée. Un trajet quotidien en train touche moins les navetteurs : jusqu’à 30 minutes, il n’aurait aucun effet sur le bien-être. Mais dès que cette limite est dépassée, le stress augmente. Quid des cyclistes ? Ils apparaissent comme étant les navetteurs les plus heureux.

Les trajets entre domicile et bureau ne sont donc pas que sombres.

« Ils représentent aussi un moment rien que pour vous » souligne Toon Zijlstra. « Ce trajet est une pause entre votre domicile et le bureau, suffisant pour vous offrir un temps de réflexion. »

Selon les chercheurs américains, le temps de trajet idéal tourne autour de 15 à 20 minutes. Après 20 minutes, vous devez reprendre votre souffle.

Le job de rêve

Mais qu’en est-il si le job de vos rêves est loin de la maison de vos rêves ? Serez-vous en mesure de surpasser les effets du trajet ?

« C’est exactement ce que dit la théorie de l’économie néoclassique » poursuit Toon Zijlstra. « Cela supporte que le fardeau des trajets est entièrement compensé par un bon revenu, des collègues agréables, un endroit confortable pour vivre… On est prêt à parcourir de longues distances pour autant que la récompense inhérente soit suffisante. Facile à comprendre même si notre enquête démontre que le principe est boiteux. »

Un phénomène typique est de sous-estimer la douleur du navetteur. « Je n’aurai pas de souci » pensent les candidats à l’heure de choisir un nouvel emploi. La déception n’arrive que lorsqu’ils sont bloqués dans les embouteillages tous les matins. « Faites le test du trajet à effectuer quelques fois avant de vous décider. Pas à midi, mais le matin, durant les heures de pointe » recommande Toon Zijlstra. « Vous saurez ainsi à quoi vous en tenir et ne devrez peut-être pas subir cette distance au quotidien. »

Tout pour le local

« Nous devons oser limiter nos indemnités pour les trajets domicile-travail. Exemple : les employés ne seraient indemnisés que pour 30 kilomètres s’ils viennent en voiture. De cette manière, les banlieusards seront poussés à habiter plus près de leur travail. » Les entreprises pourraient ainsi réduire drastiquement le vivier de talents où ils peuvent pêcher des candidats. « Les employeurs ont un intérêt certain à recruter localement » réplique Toon Zijlstra. « Les employés qui doivent, tous les jours, venir de loin, sont plus fatigués et moins productifs. »

Une autre solution pour limiter les temps de déplacement est l’indemnité de déménagement. « Aux Pays-Bas, sous certaines conditions, vous percevrez une indemnité de 1.200 euros pour couvrir vos frais de déménagement. Ce serait également une bonne solution pour Bruxelles » pense Toon Zijlstra. « Cette ville est un aimant à employeurs, mais les personnes n’y vivent pas. Une indemnité de déménagement pourrait peut-être changer les choses. »

Combien de temps sommes-nous dans les embouteillages ?

Voyons-nous la lumière au bout du tunnel que représente le trafic ? Les chiffres du Bureau du Plan fédéral, en 2014, sont prometteurs. Les personnes qui travaillent à Bruxelles utilisent, par rapport au début du siècle, beaucoup moins leur voiture.

« Nous ne voyons pas encore, pour le reste de la Belgique, les gens prendre ce virage » regrette Toon Zijlstra. « N’oubliez pas que les transports en commun ne représentent pas réellement une alternative viable. En train aussi, les navetteurs sont souvent confrontés aux congestions. Aux heures de pointe, combien de temps doivent-ils attendre leur train ? Les trains et autres bus se doivent d’être ponctuels. L’offre doit également être élargie. En effet, la congestion des transports en commun est aujourd’hui trop importante pour intéresser le navetteur. »

Pour terminer sur une note positive : les jeunes gens ont une attitude très différente vis-à-vis de la voiture. Ils ont d’autres symboles pour marquer leur statut. Pensez à l’iPhone. La voiture n’est plus, à leurs yeux, qu’un outil. Pas le vélo pliant. C’est, toujours selon Toon Zijlstra, la nouvelle tendance en Belgique. « Ce genre de vélo couvre les premiers et les derniers kilomètres du trajet. Vous pouvez donc faire du porte-à-porte. Cela rend les déplacements toujours plus faciles. »

Texte : Gerlinde De Bruycker

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